dimanche 18 juillet 2010

A PLACE TO BURY STRANGERS : EXPLODING HEAD


Feedback dans ta gueule. Ouais ça aurait pu être ça le slogan des A Place to Bury Strangers à l'aube de leur second album. Il s'agit d'avoir un peu de mémoire. En 2007 le trio avait sorti un truc aussi imposant que bruitiste et s'était taillé une réputation dans l'underground East Cost. "Le groupe qui joue le plus fort de New York" qu'on les appelait. Difficile de dire le contraire en réalité. Le trio se revendiquait petit fils tapageur d'une famille englobant aussi bien les insipides Guided By Voice que les géniaux Six Organs of Admitance en passant par Ride, My Bloody Valentine, ou encore The Pain of Being Pure At Heart. Vaste programme donc, de la pop onirique au déluge blanc dronesque en quelque sorte, voire un peu entre les deux, histoire de faire des "bruits mélodieux" ou des "mélodies bruitistes", ensuite c'est une histoire de verre à moitié plein ou à moitié vide... Bref, à chacun sa vision du Shoegaze pourvu que les globes oculaires soient rivés sur les pieds. Pour le trio New-Yorkais, le terme prenais d'entrée de jeu des accents assez sidérurgiques. Le premier A Place to Bury Stranger allais plutôt chercher du côté des Spacemen 3, l'énergie et les chansons en plus. Le résultat fut un tel condensé de bruits désagréables à l'oreille du pékin moyen que le webzine Pitchfork lui accorda la note honorifique de 8,4/10 (sache cher lecteur, que les chroniqueurs du dit journal se sont vus attribuer par de puissantes divinités le pouvoir de donner des notes à virgule aux disques, que celles-ci ne dépassent 8,0 que lors de circonstances exceptionnelles (alignement de Mars et de Jupiter sous une lune rousse, etc.) et que dans leur extra lucidité surnaturelles, ces derniers ont décidés que The Ape of Naple de Coil valait 7,9/10.)

La messe était dite : le trio de New York s'imposait dés lors comme "le son qui déchire grave sa maman", le must en matière "scrutechaussure" (tient, habituellement les traductions ça en jette grave...) se payant même la première partie de Nine Inch Nails lors du Light In The Sky Tours.
Le met de rêve du geek moyen, autrement dit le concentré de truc que personne n'écoute : space rock, indus, drone, coldwave, post-punk, noise, no wave... C'est peu dire qu'un guitariste qui fabrique ses propre pédales d'effet auxquels il donne des noms improbables tout droit sortis du meilleur des nanars science-fictionnesques des années 60 (Total Sonic Annihilation, Supersonic Fuzz Gun !) et dont le livre préféré s'appelle Analog Days, The Invention And Impact Of The Moog Synthetizer n'est pas exactement ce qu'on pourrait légitimement appeler le dernier piège à midinettes rock...

En fait, la bande a Ackermann était attendue au tournant pour leur deuxième effort justement intitulé Exploding Heads (clin d'œil à une scène bien connue du dérangeant Scanners de Cronenberg ?) Enfin, le temps n'est plus aux réflexions snobs sur les possibles références cinématographiques du groupe alors qu'on se fait littéralement écraser sous les coups de butoir de "It Is Nothing". Il y a quelque chose en plus ou en moins dans le jeu de JSpace. Moins synthétique, plus percutant que sur le premier album. Difficile à discerner, mais c'est un bien. Jamais caisse à timbre n'aura été autant maltraitée que tout au long de ce disque. C'est net, A Place to Bury Strangers a fait des concessions : derrière le feedback constant qui menace de noyer tout l'album dans une immense vague de fuzz, les mélodies sont plus présentes que dans l'album éponyme. Le truc qui manquait sur "My Weakness", c'était ça la faiblesse du grand frère. Corrigée à présent. Exploding Heads, derrière ses airs de Metal Machine Music, contient des putains de mélodies : un véritable album de pop on vous dit : "It Is Nothing", "Deadbeat", "Keep Slipping Away" ou encore le morceau titre "Exploding Heads" (un des meilleurs de l'album) sont des bijoux entêtants. Les geeks avide d'audace et de bruit blanc de la première heure ne seront pas en reste pour autant : de la coldwave à la Bauhaus de "In Your Arms", au gros son qui sature fait saigner les oreilles et crier le voisin de "Everything Always Goes Wrong" et "Smile When You Smile", entre temps, l'énorme rite païen de "Ego Death" aura fait taire les mauvaises langues. Puis, histoire de mettre tout le monde d'accord, la mélodie impeccable de "I Lived My Life to Stand in the Shadow of Your Heart" qui clos l'album mute peu à peu en une monstruosité inécoutable, deux minutes de musicalité parfaite pour trois d'explosion de bruit grinçants et étincelants. Voila qui est bien.

Pour la petite information, Pitchfork n'a accordé que 6,6/10 à Exploding Heads.

Note : ****

Liste des morceaux :

1. It Is Nothing
2. In Your Heart
3. Lost Feeling
4. Deadbeat
5. Keep Slipping Away
6. Ego Death
7. Smile When You Smile
8. Everything Always Goes Wrong
9. Exploding Heads
10. I Lived My Life to Stand in the Shadow of Your Heart

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- A Place to Bury Strangers

lundi 5 juillet 2010

GURU GURU : KANGURU


L'un des grands trips musicaux de la deuxième moitié du XX ème siècle est la composition sous acide. Il est vrai que cette pratique s'est largement perprétrée dans l'univers du rock, mais il est finalement indéniable que la bonne parole a particulièrement atteint la musique cosmique de nos allemands préférés. Et il faut bien reconnaître qu'en dehors de toute considération morale, une telle expérience a fait ses preuves en donnant des résultats incontestable chez un bon paquet d'artistes. Non mais vous imaginez, vous, du CAN à jeun ? Cessons de plaisanter... Ensuite, il faut conserver un certain recul quant aux bienfaits de cette cure miraculeuse, qui demeure trop hasardeuse pour la certitude d'un résultat satisfaisant. Quoi qu'il en soit, il n'est pas nécessaire d'être médecin pour constater l'état de lucidité des trois cocos de Guru Guru au moment des faits, qui se constate dans le disque autant que sur la pochette... Peut être est ce la clé de l'excellence de Kanguru, album bondissant de joie et de bonne humeur mis au monde par le trio fantastique de drogués invétérés que forment Mani Neumeier, Uli Trepte et Ax Genrich.

Trois cinglés, trois morceaux qui ne le sont pas moins, une bonne combinaison. Le disque est particulièrement écoutable pour un album de Krautrock. La mélodie est basée sur la ligne de basse, très profonde, qui s'oppose cependant à la légèreté piquante qu'adopte le plus souvent le guitariste dans le premier morceau, qui alterne malgré tout son mode de jeu avec des accords plus éthérés. A cela s'ajoute une rythmique relativement énigmatique mais clairement exotique, et enfin les voix caractéristiques d'un shootage préalable à des substances que l'on trouve communément dans le commerce au noir... Les voix des Guru Guru étant impénétrables, je ne pourrais entrer dans une analyse de la véritable signification de leurs paroles, qui n'ont très probablement strictement aucun sens. Mais que pouvions nous attendre d'une troupe de Kangourous des neiges ? En tout cas, le résultat est sublime, d'une profondeur et d'un exotisme agréables d'une durée d'à peine plus de dix minutes.

Le deuxième titre est révélateur d'un des goûts particuliers du groupe : le cirque. Ils retournent alors leur veste - ou plutôt, devrais je dire, leur t-shirt moulant pour les vêtements colorés d'une troupe. Plus violent, Immer Lustig a pour base le mur sonore que dresse la guitare avec le mystérieux instrument à quatre cordes (oui, une basse, je sais...). Un véritable duel se met en place, entrecoupé par la voix et les synthés, complètement aériens. En tout cas, leurs moogs ou autres se mèlent aux cordes pour former un rugissement démentiel digne d'un avion de chasse français de première classe. La fin du moceau est surtout rythmique, et la composition devient incompréhensible, d'étranges oiseaux aux piaffements mignons tout plein avec leur blindage au delay se joignant à la fête. Il nous faut alors ajouter que l'une des grandes innovations du batteur de Guru Guru se trouve être une amélioration plutôt exotique - pour changer... - de ses toms. Il est le premier, en effet, à leur appliquer une sévère réverbération, de telle sorte que chaque coup de baguette est annonciateur d'un son cosmique impressionnant, pareil à un coup de tonerre. En clair, un solo de baterie ahurissant précurseur d'une formidable reprise guitaristique du morceau. L'on pourrait faire tout un article dessus, tant sa construction est fantastique, mais ce n'est pas ici l'objectif, et nous en laisserons la lourde tâche à quelque adorateur puriste de Guru Guru.

La suite du programme fait apparaître deux morceaux nettements plus "rock" que les deux premiers titres, si tant est que l'on puisse appliquer une définition plus claire de ce terme servi à toutes les sauces. La recette est simple et traditionnelle, mais efficace : mélodie jouée à la guitare orientée sur la ligne de basse qui n'a rien perdu de sa superbe, le tout entrecoupé d'extraits relativements cosmiques -c'est pas du kraut pour rien - et avec des intro aguicheuses en début de morceau. Le plus énigmatique de ces deux derniers morceaux est assurément Ooga Booga, au titre aussi évocateur qu'une banane flambée dans un film de Kurosawa, et dans lequel les musiciens ont parachevé leur transformation en vrais Kangourous du Pôle Nord, qui trouvent ainsi leur origine en l'an de grâce 1972. Sans commentaires.

Ainsi le trio nous offre un spectaculaire album sucré et exotique, d'une grande facilité d'accès mais néanmoins comique et lourd comme un croiseur de Star Wars, complètement démentiel, tout à fait dans l'esprit de sa pochette. Le disque révèle des photographies que l'on a généralement tendance à brûler de crainte qu'on ne les découvre, mais la preuve de l'originalité de Guru Guru n'est plus à faire. En tout cas, elle est sensible dans Kanguru, l'un de leur meilleurs albums sorti dans une année riche en expérience musicales de toutes sortes, 1972. Quatre morceaux qui vous propulserons dans un univers aussi éthéré que splendide, alimenté par trois déments musicaux. Kang Kang ? Guru Guru !

Note : ****1/2


Liste des morceaux :

1. Oxymoron (10.33)
2. Immer Lustig (15.38)
3. BabyCake Walk(10.56)
4. Ooga Booga (11.10)

jeudi 10 juin 2010

DOUBLE NELSON : INDOOR


Et voici un album que vous ne trouverez pas chez votre disquaire favori ! Un jour, Kiss s'est attiré l'inimité d'un certain nombre de français par une affirmation trop vraie à leur goût : la France n'aurait rien apporté d'intéressant au rock. Heureusement, quelques fidèles défenseurs de la fondue savoyarde et de notre coq national ont été à l'origine de groupes qui ont pu légèrement réhausser l'idée de la musique dans notre pays. Parmi ces irréductibles comptent Magma, Air ou Noir Désir pour les plus célèbres, mais il ne faudrait pas oublier nos gaulois du milieux underground français, avec Alcoosonic, ou Double Nelson. Bon, d'accord, ce dernier fait de la basse et de la batterie indus qui se plaît à tripatouiller la noise par instants, mais c'est du rock quand même !


Ainsi, Double Nelson est un duo composé d'une jeune femme et d'un homme un peu moins jeune. Les deux passent aisément de la basse à la guitare ou à la batterie, ou marmoner des paroles incompréhensibles dans un micro de qualité moyenne. Sur scène, leur décors de prédilection est constitué de trois murs en aluminium laissant tout juste suffisament d'espace pour les deux musiciens, la batterie, les synthés et les amplis. L'homme porte un couvre-chef étrange recouvert d'alu, et la jeune femme est tout de noir vêtue, dans une athomsphère presque morbide. Ils font un peu peur mais ils se sont finalement révélés très cordiaux après coup, quand ils sont venus boire une bière avec leur public restreint (ça, je vous l'avait dit qu'ils n'étaient pas connus !). Restreint, ai-je dit, mais admiratif, comme il devait l'être à la suite du spectacle musical et visuel offert. Le duo utilise ses outils en optimisant leurs capacités : le mélange à la fois lourd et fin des synthés et de la basse provoque un fond électro voire expérimental très étudié sur lequel se superposent parfaitement la batterie et la voix des musiciens. Le tout renvoie une ambiance très sombre, accentuée par des sons étranges et effrayants créés électroniquement. Qu'ils fassent usage d'un séquenseur ou d'un LFO, ces enchaînements dignes du plus obsur des films de science fiction renforcent très appréciablement les marmonements démoniaques de la terrifiante demoiselle dans son micro... Dans le même temps, elle joue de la grosse guitare avec que quatre cordes avec des riffs lourds, profonds dont la mélodie ajoute au chaos sonore déjà présent.


Une musique incontestablement impressionante, pas toujours très complexe mais qui emmène inévitablement et immédatement ses quelques auditeurs (très fidèles, si j'en juge par les cris affectueux ressortant du public et le nombre de t-shirt du groupe...) dans une abysse électro comme industrielle, avec des influences furieusement punk - dans le bon sens, cela va sans dire. Parmi elles, des morceaux très courts mais intenses compensés par leur nombre. Le groupe ne recule devant aucune astuce originale, n'hésitant pas à maltraiter de malheureuses cymbales plaquées à même le sol, en presque aussi piteux état que la batterie, qui ne tient debout que par, semble-t-il, quelque volonté divine bienveillante amatrice d'indus... Les musiciens sont parfaitement synchronisés - il vaut mieux d'ailleurs, pour un ensemble rythmique basse/batterie - et aucun son n'est laissé au hasard, comme c'est parfois le cas dans certains titres de noise. Cependant, dans quelques morceaux, des notes sont enchaînées aléatoirement - façon R2D2, si vous voulez avoir une idée - ce qui ajoute une nappe de mystère épaisse à une musique déjà très spéciale...


Il y a un aspect finalement reptilien à ce duo obscur. Cette nouvelle facette est portée par les riffs de basse, voire ses soli, tandis que les percussions renvoient à une messe noire digne des adorateurs égyptiens de Nyarlathotep. On ne serait pas étonné que le batteur, à l'instar de celui de Tool, s'inspire du Nécronomicon dans les créations rythmiques... Il manquerait peut être un clavier à leur musique mais ce manque est pour l'instant compensé par une utilisation massive de la technologie électronique musicale de notre belle époque. Double Nelson met en avant un côté souvent oublié aujourdhui : l'importance de la basse dans un groupe qui, en plus de maintenir un rythme précis, participe de façon déterminante à l'élaboration de la mélodie, sans devenir pompeuse -lourde tout au plus. On oublie trop souvent les vertues de ces musiciens de l'ombre, mais certains ensembles tels que celui de Double Nelson rendent justice à un instrument presque indispensable dans toute formation musicale. Un bon disque, donc, et un très bon moment à passer à l'occasion de leurs concerts...



Note : ****


Liste des morceaux :


1. Chouèches (2.51)

2. Refrozen (3.13)

3. Report (2.05)

4. Kra Kra Toa (2.51)

5. Festino (3.32)

6. Wow Come On (2.00)

7. Jour J (2.20)

8. Dom Tom (2.09)

9. Ready Made (3.09)

10. Pécé Blues (2.35)

11. Klendatu Beach (1.27)

12. Country Stress (2.54)

13. ... (1.52)

14. Le Beau (2.20)

15. Draivessi (4.11)

vendredi 21 mai 2010

SEPULTURA : ARISE


Je vous vois déjà hausser les sourcils... Une bâtisse organique dotée d'un visage décomposé règne au centre d'un lac nauséabond, non loin d'une terre jaunâtre. De plus, en lettres tremblotantes forment le mot "Sepultura", aux consonances qui n'ont rien d'encourageant. Et encore, vous n'avez pas vu les têtes des musiciens, aussi peu avenantes que possible, en quatrième de couverture. Pourtant, Arise est une merveille de Thrash Metal (à ne surtout pas confondre avec le Death), sortit en 1991, comme pour fêter la chute de l'URSS, avant la reconversion de Sepultura en Metal plus lourd encore. Mais on est loin du fameux "Roots Bloody Roots" qui n'a pourtant pas grand chose à envier à certains titres de Arise.


A citer en premier lieu, le morceau d'ouverture du disque, qui lui a donné son nom. Ce titre démarre abruptement à la suite de sons nébuleux mais non moins sépulcrales. Soudain le signal est donné et une véritable performance rythmique, de cohésion parfaite, s'enchaîne rapidement dans une cavale menée par le vocaliste Max Cavalera, tandis que Andreas Kisser embrasse les coups percutants du batteur Igor Cavalera ( du même nom que le chanteur) pendant que l'énigmatique bassiste Paulo Jr. oeuvre de concert avec ses éminents collègues afin de donner un peu plus de poids à la mélodie. On remarquera que les paroles sont presque compréhensibles (même sans le livret). C'est la recette de Sepultura pour cet album : des riffs lourds joués frénétiquement, mais sans la moindre défection rythmique car, comme tout bon groupe de Thrash qui se respecte, les artistes misent beaucoup sur les percus. Ils développent d'ailleurs une certaine originalité dans leur intros de morceau en utilisant des synthétiseurs ainsi que des boites à rythme original qui balance la sauce dans un mélange de Metal et d'Industriel. C'est d'ailleurs le milieu du mouvement indu, en ce début des années 1990, ce qui laisse penser que Sepultura en est l'un des promoteurs - ou reprend en tout cas des éléments des premières créations mécaniques...


Le groupe utilise différents moyens mis à sa disposition, tels que des pédales d'effet multi-fonctions. Cependant, force est de remarquer une utilisation relativement raisonnable de la saturation des gratteux, contrairement aux us et coutumes de ce domaine. Ainsi, les mélodies sont plus aisées à comprendre. De plus, ils utilisent à merveille leur duo guitar rythmique / guitare mélodique. Ainsi, sur un fond extrêmement violent et grave maintenu par la première et la basse surgit comme une giclée de sang d'une trachée ouverte des riffs suraigus provoqués par la deuxième guitare ("Desesperate Cry"). L'ensemble forme d'agréables transitions aux couplets vocaux. Bon, d'accord, au niveau des paroles, on n'a rien de fondamentalement nouveau, avec comme thèmes des sacrifices, des meurtres et autres joyeusetés, avec en bonus spécial un cri -ou plutôt un hurlement - maladif avec "Infected Voice", le morceau de clôture. Mais Arise présente bon nombre d'originalités en comparaison aux prémices du Metal, dans les années 1980 (comme quoi, c'est un mouvement qui tient un bon bout de temps, malgré les cris offensés des individus de la vieille école dont les oreilles peinent déjà à supporter un bon vieux Deep Purple...). Je jette une attention sur "Altered State" ( encore un morceau sur les bas côtés de la société ), et en particulier sur son introduction saisissante dans laquelle un hurlement bestial est lancé d'une façon très habile avec un simple accord de gratte. L'atmosphère originelle déjà sombre voit sa part de ténèbres se décupler, et nous sommes fin prêt pour la suite du titre...


Anecdote amusante, si vous achetez, ou plutôt quand vous achèterez Arise - si ce n'est pas déjà chose faite -, vous aurez alors accès à tout un panel de photographies plus ou moins ridicules (à leur décharge, c'était la mode en ces temps anciens), vous observerez que chaque membre exhibe fièrement un large tatouage au moins, généralement sur les bras. A présent, rendez-vous en fin de livret que votre humble serviteur a épluché tout spécialement pour vous (vous en avez, de la chance...), et vous pourrez lire l'identité de leurs tatoueurs... Ainsi, grâce à Sepultura, si d'aventure vous choisissez un jour de franchir le pas, vous saurez à qui vous adresser... Vous l'aurez deviné aux noms, Sepultura est un groupe brésillien. Ce qui ne les empêche pas de chanter en anglais. Dommage, je me demande ce qu'aurait donné du Thrash en Catalan... On peut les voir sur une adorable photographie en compagnie d'enfants en Afrique, ce qui provoque un certain contraste, mais passons. Pour conclure, Arise est l'un des meilleurs albums de Sepultura, relativement ignoré, cependant, à cause de la variation qu'il constitue par rapport à l'habitude, tout en restant du bon vieux Thrash joué avec une virtuosité certaine.


Note : ****1/2


Liste des morceaux :


1. Arise

2. Dead Embryonic Cells

3. Desesperate Cry

4. Murder

5. Subtraction

6. Altered State

7. Under Siege [Regnum Irae]

8. Meaningless Movements

9. Infected Voice


dimanche 16 mai 2010

CECIL TAYLOR : THE WORLD OF CECIL TAYLOR


De nombreuses rumeurs courent sur la mystérieuse identité de l'inventeur du free jazz. Afin de ne pas polémiquer sur ce sujet trop nébuleux, on se contentera de dire que Cecil Taylor en est l'un des principaux promoteurs. Certes, on peut citer Coltrane quelques décénies auparavant pour contrer cette affirmation, mais Taylor est à l'origine d'une véritable révolution dans le cadre du piano-jazz. Américain né en 1933 à New York, il a pu profiter de la prestigieuse école (un collège) locale de musique, grâce à laquelle il a pu développer une sensibilité musicale aigue et une culture qui lui permettront de devenir le géant qu'il est devenu. Cependant, il est passé par des phases assez expérimentales, des "bêta test" qui laissent un peu à désirer. Elles sont malgré tout intéressantes à écouter, comme c'est le cas du disque "The World Of Cecil Taylor".

D'aucuns qualifieront la musique de Cecil Taylor de bruitiste, dans un sens péjoratif. Vous pourrez répliquer d'un ton désinvolte que la "noise music", ça existe et que c'est vachement bien (toutes choses égales par ailleurs). Mais Taylor ne fait pas du noise, mais du free-jazz, un dérivé plus expérimental de la définition originale du jazz. Il part certes sur les mêmes bases, mais sa musique s'envole ensuite dans des dimensions moins règlementaires. Adieu la tradition tant aimée de la soul et des gammes tenues tout le morceau pour le maintenir en place ! Seule la contrebasse voit son rôle rester le même (et encore, elle vogue dans des gammes inédites au bon plaisir du musicien...). Plus que jamais, le batteur s'embrase sur des parties rythmiques ardues à suivre qui ne sont finalement réellement comprises que par lui-même. Et bien sûr, la grande innovation de Cecil Taylor a lieu au niveau du piano, qu'il fait rugir avec une virtuosité originale signée de sa patte, démontrant une fois encore -car ce disque des années 1960 est loin d'être son premier, si ce n'est la collaboration avec la maison CANDID, qu'il privilégiera de longs cycles durant encore - sa capacité à enchaîner des phrases musicales sans rien en commun, tantôt très mélodiques, tantôt plus grinçantes et percutantes. Jouez l'accord Do-Fa#, et vous aurez une idée minimaliste de ce que donnent des dizaines de minutes dans cette tonalité.

Le disque commence avec "Air", avec une introduction rageuse à la batterie, signée Dennis Charles. Puis un dialogue entre phrases pianistiques débute entre une voix colérique et hachée et une autre unie et plus douce. Enfin arrive Archie Shepp, un saxophoniste réputé dans l'univers du jazz, qui ajoute une teinte cuivrée à l'ensemble. C'est le morceau le plus agité de l'album, qui a été enregistré en plusieurs prises. Un amis de notre pianiste, qui assistait à la séance, parlait de "chaos contrôlé", qualificatif convenant parfaitement à la piste. Le morceau suivant, "This Nearly Was Mine", est une improvisation plus traditionnelle. Taylor s'en tient à une stricte composition blues, comme pour rappeler qu'il tire son inspiration de ce genre. Les deux derniers morceaux lui ressemblent plus, avec des séries d'accord, des enchaînements d'accords violents qui se succèdent avec une légèreté particulière à l'artiste.

Cependant, c'est l'une des plus grosses difficultés de ce disque de Cecil Taylor. Si bon nombre de passages sont parfaitement contrôlés, d'autres, plus obscurs, sont plus difficilement compréhensibles. On a alors presque l'impression de frime non retenue, d'un artiste qui joue n'importe quoi en se reposant sur sa réputation expérimental. Un morceau ne doit pas forcément être musical pour être bon. Mais il doit alors il y avoir une signification au "bruit" qui nous parvient. C'est un reproche applicable à bon nombre de groupes de musique bruitiste. Quel est le sens du morceau ? S'il faut être assez réceptif pour apprécier du Cecil Taylor, sa difficulté d'écoute ne justifie pas tout. Il met en valeur des enchaînements de sons, impressionnants certes mais pas si ardus pour un claviériste professionnel. D'où la sensation de frime parfois perceptible. Une fois encore, un morceau ne doit pas être difficile pour être bon, mais il faut faire la nuance avec l'action de faire croire à une réelle difficulté finalement inexistante. Fort heureusement, ces extraits sont très minoritaires dans The World Of Cecil Taylor et ne font que ternir l'allure d'un très bon disque, toutes choses égales par ailleurs, et on se laissera bercer par un jeu qui lui est si propre, et qui se refuse à toute fausse note involontaire -rendons à Cecil Taylor ce qui lui appartient.

Note : ***1/2

Liste des morceaux :

1. Air (8.45)

2. This Nearly Was Mine (10.46)

3. Port Of Call (4.14)

4. E.B. (9.55)

5. Lazy Afternoon (14.43)

samedi 15 mai 2010

HAWKWIND : SPACE RITUAL


Si vous aimez le space rock, vous ne pouvez pas ne pas connaître Hawkwind. Ce groupe plus que nébuleux en a surpris plus d'un par ses titres étranges ou par un mauvais goût très sensible. Ainsi, leur live le plus connu, Space Ritual datant de 1973 a pu choquer les âmes sensibles - s'il est possible que de tels individus aient pu aller voir Hawkwind en concert. Aussi, quelle idée d'embaucher une prostituée pour danser nue sur scène ! Et je ne parle même pas de l'ambiance malsaine et provocante que diffusent des lumières éphémères aux teintes douteuses... Et le tout finalisé par une pochette aussi psychédélique que sectaire, comprenant des signes aux significations peu évidentes. On a le droit à la totale, dans une atmosphère mystique, ce que suggère l'intitulé "Space Ritual".

En tant que groupe progressif à essais expérimentaux, Hawkwind montre une fois de plus sa capacité à plonger ses spectateurs dans le bain avec une introduction très spéciale et particulièrement spécifique à la bande. Ainsi est né "Earth Calling", un amoncellement inventif de sons tous plus bizarres les uns que les autres, impossibles à identifier, bien sûr (ah! Les miracles du Mini-Moog...) mais évocateurs d'une tentative de communication presque obscène avec des entités externes. Si vous entrez en possession du disque et du livret joint, vous aurez l'immense plaisir de connaître l'histoire en relation avec ce morceau très court. Si l'on oublie le fait qu'elle ait probablement été imaginée sous acide ( ou sous amphets, avec hawkwind, on ne sait jamais...), elle est finalement assez révélatrice de la mentalité obscure des musiciens, qui ont du adorer voir Star Wars... Sans transition, le groupe passe à l'un de leurs plus gros succès : "Born To Go". Ce titre est caractéristique de la musique Hawkwindienne : la basse de Lemy - futur fondateur de Motorhead, à la suite de son éjection douteuse d'Hawkwind - qui donne un tempo tant lourd que violent en parallèle avec le batteur Simon King, le roi des rythmes ésotérique, après, bien sûr, l'indétrônable percussionniste de Tool. Par dessus, les voix un peu éraillées d'à peu près tout le monde, et bien sûr leurs éternelles sonorités faites au synthétiseur (Del Dettmar, qui a l'air de bien s'amuser...). De temps en temps apparaît un saxophone ou une flûte, instruments fidèles à l'originalité du groupe.

Etrangement, ils ont fait passer Camel en première partie. Ce groupe progressif bien sympathique mais très doux a probablement juré en comparaison avec la violence débridée de la partie principale. Mais on pouvait presque s'y attendre. Hawkwind, les rois des contrastes, mélangent des chants douteux violents à de véritables récitations de poèmes sous fond de synthétiseur. Car ils ont un poète attitré, au nom de Bob Calvert. Bobby s'occupe aussi des "swazzle" -je tente encore de déterminer ce dont il s'agit précisément. En tout cas ils ne devaient pas beaucoup s'agiter sur scène, au risque omniprésent de s'empêtrer dans l'énorme tas informe de cables de tous types, masse monstrueuse qui a du être démêlée après le concert...

Une question que chacun peut se poser lors d'un concert d'Hawkwind : les musiciens sont-ils drogués sur scène ? Dans les années soixante dix, répondre "oui" ne constituait pas une prise de risques démesurée, surtout quand un champignon vénéneux, un dromadaire et un palmier sont présents en tête d'affiche... Quoi qu'il en fut pour Space Ritual, les membres d'Hawkwind se sont comportés ainsi que de véritables possédés, plus encore qu'en studio (ce qui n'est pas peu dire !), allure complétée par leur talent certain à effectuer des réglages spéciaux tant que spatiaux à travers les nombreux amplis, filtres et micros dont ils disposent. Ainsi, ils parviennent à donner la sensation d'être dans un autre univers, une autre dimension que les spectateurs à quelques mètres d'eux seulement. Cet effet appliqué à leurs voix est particulièrement saisissant, d'autant plus lors des récitations de textes de leur cru. Ils appliquent aussi cet effet aux deux gratteux, et bien sûr à la batterie, ce qui parvient presque (pas tout à fait, il ne faut pas exagérer) à reproduire un son semblable à celui de Nani Neumeier, éminent percussionniste de Guru Guru... Quant au synthé... Est-il vraiment nécessaire d'ajouter un effet bizarre à un synthé ? Dans tous les cas le résultat sera à la hauteur...

Ainsi, Hawkwind nous gratifie avec Space Ritual D'un double CD ( bah quoi ? C'est toujours une motivation supplémentaire...) merveilleux qui vous propulsera au pays des fées, des farfadets et des champignons à travers la tournée mémorable et transcendante du groupe le plus spacial de tous les temps et probablement l'un des plus shootés aussi... De quoi faire regretter à Lemy ses folles années de jeunesse !

Note : ****1/2

Liste des morceaux :

Disc 1

1. Earth Calling (1.46)

2. Born To Go (9.56)

3. Down Through The Night (6.16)

4. The Awakening (1.32)

5. Lord Of Light (7.21)

6. Black Corridor (1.51)

7. Space Is Deep (8.13)

8. Electronic No. 1 (2.26)

9. Orgone Accumulator (9.59)

10. Upside Down (2.43)

11. 10 Seconds Of Forever (2.05)

12. Brainstorm (9.20)

Disc 2

1. 7 By 7 (6.13)

2. Sonic Attack (2.54)

3. Time We Left This World Today (5.47)

4. Master Of The Universe (7.37)

5. Welcome To The Future (2.03)

Bonus Tracks

6. You Shouldn't Do That (6.55)

7. Master Of The Universe (7.26)

8. Born To Go (13.04)

vendredi 14 mai 2010

COIL : MUSICK TO PLAY IN THE DARK VOLUME 1


La première moitié des années 80 aura vu le raz de marée industriel à peine engagé s'abattre sur toute l'Europe pour se propager en une myriade de ruisseaux indépendants. Si l'implosion de Throbbing Gristle et la réincarnation de Genesis P-Orridge dans Psychic TV on donné le coup d'envoi à toute les dérives/délires imaginables par l'esprit d'un fanatique païen convaincu (du néofolk de Death In June au Dark Ambient de Lustmord en passant par la Dance de My Life With The Thrill Kill Kult au début des 90s), le plus fascinant de tout ces projets reste, à ce jour, Coil. Fœtus improbable régurgité par Psychic TV dés 1983, les frères siamois les plus mystérieux de tout les temps ramassent les étrons les plus puants de la new wave pour ériger une oeuvre aux pulsions les plus basses de l'homme.

Au commande, Peter Christopherson, ancien d'Hipgnosis, ingénieur du son, graphiste, et musicien à ses heures perdues, découpe furieusement les performances du jeune John Balance, créature au timbre insaisissable. Comme la plupart des rejetons de Genesis P-Orridge, Christopherson et Balance cultivent un désir de rester underground (les disques sont tirés à quantité homéopathique et les réeditions sont rares) ainsi qu'une passion qui va au delà de la musique : co-fondateurs du Temple Of Psychick Youth (organisation artistique douteuse prenant aisément le visage d'une secte ou simple délire club Harry Potter c'est au choix), le duo n'hésite pas à flirter avec les concept musicaux les plus délirants : de rituel en invocations douteuses, Coil parvient à tisser une musique d'un noir profond, sale, teintée d'un profond dégout pour l'industrie de la musique et le monde en général. Et si Scatology, malgré son terrifiant "Tainted Love" peut décevoir ceux qui attendaient mieux des auteurs du single "How To Destroy An Angel", Horse Rotorvator réussit en tout point là où son prédécesseur peinait à convaincre. C'est en sondant cet immense gouffre à espoir qu'on trouve quelque uns des morceaux de Coil les plus frappants : "The Anal Staircase", "Penetralia" "The Five Minute After Violent Death", et surtout "Ostia (The Death Of Pasolini)" toile Dalienne sanglante écrasant par sa beauté toute les tentatives des néofolkeux de Current 93 et Death In June (le groupe voyait dans le cinéaste assassiné une de ses plus grandes influences.)

Puis, pendant les cinq ans qui les séparent de leur prochain disque studio, Balance et Christopherson procrastinent, évitent le sujet, collaborent, sortent des remix, des démos, des lives de qualités variables, jusqu'à ce que le problème devienne inévitable. Love's Secret Domain va remettre à sa place toute une génération de branleurs accros aux biftons et aux rave party. En réinventant la Dance, la House et la Techno en générale, Coil fait valoir ses droit au côté de Psychic TV, les deux groupes s'intronisent pape de tout une vague qui déferle sur le monde entier. Puis c'est de nouveau le repos pour Coil qui s'éloigne peu à peu de la Dance et se perd à nouveau en side projects et collaborations douteuses : la bande originale de The Angelic Conversation de Derek Jarman se révèle être un monument d'ennui, Worship The Glitch est une catastrophe inécoutable. Et si le duo sort la tête hors de l'eau avec un disque de drone, Astral Disaster, c'est avec Musick To Play In The Dark Volume 1 que la rédemption salvatrice daigne enfin émerger.

Et qui sait ? Peut être que près d'une décennie de branlette stérile, de complaisance déplacé et d'autosatisfaction y sont finalement pour quelque chose quand à la réussite sans tache que représente la nouvelle livraison de Coil, achevée à l'aube du nouveau millénaire. Car loin d'avoir effectué un vain retour au source prétendument vivifiant, faux pas dans lequel de nombreux artistes tombent trop souvent, le duo n'a jamais sonné aussi en avance sur son temps.

Enfin le voila ce frisson que Coil avait perdu dans ses délires labyrinthiques, le soubresaut de terreur qui anime tout être normalement constitué à l'écoute de "The Anal Staircase" est toujours là, tapi au fond de "Are You Shivering?", recroquevillé dans le son de ce synthétiseur mort né qui remonte lentement le chemin des enfers jusqu'à éclater dans un grincement d'outre espace. Toujours là cette terreur lascive, ce désespoir dévorant, mais cette fois il vient du plus profond de notre être. Mais ce sonar menaçant laisse bientôt place à l'homme dans toute sa faiblesse : l'espace d'une minute les sanglots de Balance hachés par les machines de Christopherson retentissent seuls. Puis à l'unisson les deux thèmes s'enlacent, et laissent le texte s'écouler lentement. La voix de John Balance est plus vaste que le cosmos alors qu'il tente de décrire la lente plongée dans les ténèbres qui se commence et se termine avec l'Ecstasy.

"Are you shivering? Are you cold?
Are you bathed in silver or drowned in gold?
This dream's a vitality
[...]
O river of silver, O river of flowers
I lie down and shiver in your silver river
Out drips the last drop of this vital fluid"

Alors que les derniers coeurs de "Are You Shivering?" s'évanouissent, c'est le thème de "Red Birds Will Fly Out of the East and Destroy Paris in a Night" qui s'installe lentement. Fulgurance géniale, le duo brode à volonté sur un motif easy-listening, montant le morceau en une gigantesque fournaise où se côtoient nappes d'orgues, boucles folles et sample fugitifs. Le résultat est d'une rareté notable : comme assister au bombardement d'une ville à la place du pilote. Le brasier grandit jusqu'a une gigantesque saturation bruitiste qui réduit le grand incendie à quelques flammèches dans les dernières minutes du morceau.

Au tour de l'énigmatique "Red Queen" d'installer son ambiance, lentement, insidieusement, à coups de vagues bourdonnantes et claquantes, jusqu'à cet accueil d'outre-espace qui ouvre le bal et dessine le rythme effacé sur lequel le piano de Thighpaulsandra fait son intrusion : jouant sans thème, le clavier semble naviguer loin de tout port d'attache, impassible aux interrogations indéchiffrables du chanteur.

"Is it so unsafe when you are ?
Insecure in the space where you are?
Is it so, really so,
Is it more real?
Is it more yours?
Is it more yours?
Is it more real, for you,
Than it is for him or me?"

Inexorablement, la musique se fait de plus en plus insolite, de plus en plus abstraite et inconnue. Les faibles attaches qu'on gardait avec le monde réel sont enfin dénoués avec "Broccoli", mantra atonale sur rythme de radio détraquée et chœurs esquissés. Répété tout au long du morceau sur deux registres, chantés par Balance et Christopherson. Le poème de "Broccoli" reste à ce jour un des textes les plus obscurs de Coil.

"Wise words from the departing
Eat your greens, especially broccoli
Remember to say "thank you" for the things you haven't had
By working the soil we cultivate the sky
We embrace vegetable kingdom
The death of your father, the death of your mother
Is something you prepare for

All your life
All their life"

Arrive enfin le dernier stade de délire de ce premier volume des musiques à écouter dans le noir : "Strange Birds" est là pour rappeler à la génération "Dark Ambient" qui sont les véritables inventeurs de la musique qui s'amuse à faire peur en se passant d'instrument. Des bruits d'oiseaux ponctuées de bourdonnements de synthétiseurs, entrainés par une boite à rythme grésillante et un bref délire occultiste... Pourtant "Strange Birds" est au moins dix fois plus efficace que la plupart des bouses que Coil a pondue au cours des années 90. En fait, la structure réelle du morceau et la longue montée sonore des synthétiseurs qui laisse peu à peu place à ces cris d'oiseau obsédant installe bel et bien une atmosphère de paranoïa, de malaise.

Et comme chacun sait, le plus beau arrive toujours à la fin. Et si "The Dreamer Is Still Asleep" amorce un retour à une certaine réalité musicale (une mélodie, un rythme...) c'est pour mieux nous faire plonger dans l'imagination fascinante de Coil. Voila ce qu'est "The Dreamer Is Still Asleep", le plus beau rêve jamais mis en musique. Un songe sans fin porté par une mélodie fantomatique qui semble pouvoir se répéter jusqu'à la nuit des temps, des nappes d'orgues, des cœurs s'étirant sans fin, et des paroles d'une beauté énigmatique.
Et quand enfin les dix minutes de cet ultime flagrance hypnotique sont terminées et qu'on crois le disque conclus, on tente enfin d'émerger de Musick To Play In The Dark Volume 1, mais rien n'y fais. Si "Are You Shivering?" est une porte d'entrée, celle ouverte par "The Dreamer Is Still Asleep" ne fait que vous entrainer encore un peu plus dans cet univers si étranger.

A vrai dire, il n'existe pas de porte de sortie...


"Hush/ may I ask you all for silence?/ The dreamer is still asleep..."

Note : *****

Liste des morceaux :

1. "Are You Shivering?"
2. "Red Bird Will Fly Out Of The East And Destroy Paris In One Night
3. "Red Queen"
4. "Broccoli"
5. "Strange Birds"
6. " The Dreamer Is Still Asleep"

Du même artiste :

Vous allez aimer :

- The Ape Of Naple
- Astral Disaster
- Horse Rotorvater
- Black Antlers

A éviter :

- Musick To Play In The Dark Volume 2
- The Angelic Conversation
- Worship The Glitch








SPARKS : KIMONO MY HOUSE


Des années 1970 est issue une tripotée de groupes décalés ou complètement névrosés (pas tous bons, comme aimerait nous le faire croire la rumeur...), et les Sparks - ou plutôt Sparks tout court - en sont un exemple particulièrement remarquable. Deux bonhommes américains, Ron et son frère Russel Mael, ont mis au monde ce groupe qui sévit aujourd'hui encore dans nos discothèques... Deux ans après la création officielle de Sparks, en 1974, ils ont sorti leur chef d'œuvre encore inégalé, je cite Kimono My House, qui ne pourra être placé, ainsi que l'ensemble de leurs créations, que derrière la catégorie "indépendant", ou "Sparks" pour les tatillons. L'on peut noter que c'est cet album qui les a, dans une certaine mesure, rendus célèbres au regard de ceux qui prétendent à juste titre écouter de la musique.

Kimono my House débute sur leur titre le plus célèbre : "This Town Ain't Big Enough For The Both Of Us" qui sera réutilisé à diverses occasions (la dernière en date : "Kick Ass" -sisi, écoutez bien...). Une mélodie entêtante répétée en boucle enfle avant le début réel du morceau, ce qui constitue une introduction agréable au disque. Les deux frères se serviront de ce que leur époque leur propose : un piano, un orgue, quelques discrets synthés, batterie, basse, gratte et tout le tralala, ainsi que les (indispensables) bruitages de sons de pistolet et autres sonorités qui ressortent comme autant de cerises sur le gâteau. Les deux Mael se distinguent grâce à leurs voix aigues, mais cependant claire et douce - sans failles. Un vrai plaisir ! Parfois, ils font même penser à une paire de jeunes femmes dans un studio d'enregistrement tellement leur jeu vocal est naturel et précis. Ils ne laissent que peu de surprise dans leur musique, annonçant dans une intro au début de la quasi-totalité des morceaux la couleur souvent sucrée de ce qui va suivre. On se laisse ainsi bercer par des mélodies simples, ou à peine plus complexe, et par la voix formidable des deux compères.

Le piano a un rôle prédominant au sein de leurs productions. Il suit, plus régulièrement que la guitare, la mélodie et accompagne les chanteurs, confortant l'idée de la douceur élaborée des morceaux. Sparks est assurément l'un des groupes les plus déjantés de son époque. Avant Mr. Bungle, ils n'hésitent pas à donner un aspect de dessins animés à leurs mélodies, ou de boîte à musique avec un xylophone... ce qui rend leurs créations si originales. Ils se renouvellent sans problèmes, non seulement dans leurs morceaux mais aussi à travers le temps. Ainsi, Kimono My House se distingue nettement de Propaganda, Hello Young Lover, ou encore de leur dernière création, Exotic Creature Of The Deep. Mais ils ne poussent pas le dépaysement jusqu'au sein des albums.

On peut noter un duo vocal des deux frangins dans Equator : tandis que l'un répète le terme "equator", l'autre part en improvisation en chantant, à la façon d'un guitariste pris dans un solo endiablé. Mais avec sa voix. Cet extrait est un bon exemple de leur capacité... Ils ont ainsi le talent de créer des mélodies à vocation. On en retrouve d'ailleurs plusieurs dans des oeuvres cinématographiques diverses, dans des publicités... Cependant, pour une raison qui continue à m'échapper, sur trente individus bêta, un seul aura connaissance du nom "Sparks"... C'est l'un des cas dans lesquels la qualité de la musique dépasse la célébrité des musiciens. Mais au fond, est-ce un mal ? Peut-être est-ce l'un des éléments qui permettent à Sparks de demeurer aussi peu commercial et de continuer à tirer de bons albums - bien que tout ne soit pas parfait dans l'ensemble de leur œuvre, toujours pas arrivée à terme d'ailleurs... Enfin bon, ils ont malgré tout suffisamment de renommée pour ne pas être rejetés par leur éditeurs, et les papis qu'ils sont aujourd'hui continuent à bosser ferme pour notre plus grand plaisir... sans que leur voix change d'un iota. Miracle de la science, d'une entité supérieure musicale ou du corps humain, le fait nous arrange bien et nous pouvons espérer écouter leurs productions de longues années durant. A présent, une note évidente pour leur meilleur album :

Note : *****

Liste des morceaux :

1.This Town Ain't Big Enough For The Both Of Us

2.Amateur Hour

3. Falling In Love With Myself Again

4. Here In Even

5. Thank God It's Not Christmas

6. Hasta Manana Monsieur

7.Talent Is An Asset

8. Complaints

9. In My Family

10. Equator

11. Barbecutie

12. Lost And Found

lundi 19 avril 2010

CAMEL : MOONMADNESS


Camel. Un groupe chameuleux de rock progressif des années 1970 qui obéit à toutes les lois de ce genre musical : des instruments nébuleux mais pas trop psychédéliques quand même, un lourd penchant pour l'électronique - et donc pour les claviers, synthés et sons sucrés -, la plupart des morceaux font plus de cinq minutes, une structure très carrée de ces pistes qui comprennent de longs intermèdes musicaux... Le tout explique le succès relatif du groupe dans ses heures de gloire, avec notamment la sortie de Moonmadness, en 1976, un immanquable du genre.

La pochette même annonce la couleur de ce qui va venir. Un trait fin à la Roger Dean représente un paysage nébuleux et psychédélique tout en conservant des couleurs calmes, reposantes. Il est vrai que la musique de Camel n'est pas reconnue pour sa violence. La (très) grande majorité de leurs productions sont douces, parfois un peu pompeuses, et l'ensemble permet une détente facile. Car tout est détendu : les notes de clavier, légères et rapides, planent en accompagnement de la guitare et de la basse - tellement altérées par des pédales d'effet qu'on croirait presque entendre d'autres synthés. Même la batterie, instrument généralement assez frappant, semble voleter autour des autres sonorités (ce qui est peut-être du à l'état de lucidité du batteur en question...). Je ne parle même pas du/des chanteur(s) qui paraissent définitivement foutus en l'air par de bonnes doses de LSD, à moins que le micro ait lui aussi été l'objet de modifications, fait guère étonnant dans le milieu du rock progressif. En fait, on pourrait dire que leur musique est à l'image de leur sigle, le... chameau. Ah, non, pardon, le dromadaire : il n'a qu'une seule bosse. Leurs morceaux sont paisibles et, tout comme on a rarement pu observer la charge d'une horde de dromadaires furieux sur un prédateur inattendu, les mélodies de Camel sont très rarement effrénées et il st difficile d'y ressentir la moindre agressivité. De la vraie musique de drogués !

Les mélodies en questions sont gentiment bercées par le guitariste, flûtiste à ses heures perdues, par un orgue Hammond utilisé de façon très douce (ah! Il est loin le Tarkus rageur de Keith Emerson !) et par les voix, très éthérées, comme dit précédemment. Un vrai moment de repos nous est offert par ce groupe à l'aspect et à la musique tranquille, qui coupe toute envie de se mettre au Napalm Death juste après. Vous laisserez-vous tenter ? Ensuite, ils n'ont pas un talent absolument extraordinaire, ou ils ne l'exposent pas, mais les morceaux sont bien maîtrisés d'une façon assez carrée. Il y a cependant beaucoup de liberté prise dans la partie chant, ce qui ajoute au charme de Camel.

Pourquoi un titre tel que "Moonmadness" ? En vérité nos musiciens se plaisent à... l'astrologie. En particulier la lune, dont les deux cratères visibles à l'œil nu sont décrits (musicalement parlant) dans le premier morceau. Quel sujet nébuleux ! (oui, ce n'est pas la première fois que j'utilise cet adjectif, mais il caractérise assez bien Moonmadness, à la fois précis et flou). Quoi qu'il en soit, cet album est rassurant. Après une célébrité assez vite atteinte au début des années 1970, Camel a commencé à sortir des titres commerciaux. Pas spécialement mauvais, mais pas spécialement bons non plus. Il fallait faire de l'argent, et le groupe marchait plutôt bien. Puis ils ont clôt cette suite commerciale en 1975 avec "Music Inspired By The Snow Goose", qui se démarquait légèrement du lot, pour sortir Moonmadness, reconnu comme étant leur meilleur disque. Pas leur plus grand succès, mais leur meilleur disque, ce qui est rafraîchissant à penser.

Un album qui vaut le coup d'œil, donc, et qui se démarque des productions antécédentes de Camel. Une légèreté difficilement imitable et une douceur à toute épreuve caractérisent Moonmadness, et les sons finement produits sauront embarquer votre esprit dans un univers sucré et coloré, plein de cratères, de vaches et de lutins qui gambadent dans une forêt crépusculaire... L'effet standard que donne un album un peu psychédélique, quoi ! Une réussite qui fait honneur au groupe -dont l'aspect évoque une bande de hippies sympas- et qui peut aisément calmer vos oreilles prises à l'assaut de morceaux de Sepultura particulièrement violents (n'écoutez pas la musique trop fort, c'est pas bon pour vos tympans !).

Note : ****

Liste des morceaux :

1. Aristillus (1.56)

2. Song Within A Song (7.13)

3. Chord Change (6.43)

4. Spirite Of The Water (2.06)

5. Another Night (6.55)

6. Air Born (5.02)

7. Lunar Sea (9.07)

dimanche 18 avril 2010

SOFT MACHINE : THIRD


Nul groupe n'est parvenu à mêler aussi bien Jazz, Blues et Rock Progressif que Soft Machine. Il faut aussi dire que les musiciens de ce groupe si spécial ont un niveau exceptionnel, et que l'époque y était particulièrement propice : 1970 a marqué le début des années de gloire du rock progressif, dont les participants désiraient s'émanciper des structures trop basiques du rock "classique". Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Soft Machine, eux, ont très bien compris ce principe de base et ont décider de renouer avec les racines du rock : le blues et le jazz. Ce qui tombe plutôt bien puisqu'ils disposent notamment d'un trombone et d'un saxophone, instruments clefs de ce type de musique, ainsi que d'un batteur hors normes et d'un claviériste pianiste et organiste, qui n'a pas pu s'empêcher de succomber aux joies du mini-moog, très en vogue à l'époque... Trois autres instruments créent une rupture avec ces styles musicaux : un violon et deux flûtes - dont une clarinette - qui permettront de construire un nouveau genre : Soft Machine.


Au commencement était le mini-moog. Des sons expérimentaux émergent des profondeurs infinies du silence, aiguisés par des fonds organiques - joués à l'orgue Hammond, attention, pas des bruit répugnants à la Mike Patton. C'est grinçant, désagréable, aigu, joué en boucle tremblotante... Soudain, le ton monte, environné de sons de violon absolument affreux, et les cuivres s'ajoutent, prennent de l'ampleur, avant de s'emparer littéralement du morceau avec les premiers coups de batterie. L'effet est saisissant, et on retombe dans des mélodies très années 30/50. En fait, pour faire simple, on pourrait dire qu'on passe de Tangerine Dream à Henri Mancinni. Les mélodies jouées par la basse et les cuivres font en effet très série télévisée américaine de ce temps là... Tout devient très écoutable, tout s'enchaîne facilement... Un vrai plaisir, qui va durer une dizaine de minutes... avant de devenir de l'industriel teinté de blues, puis un chant très Jetrho Tullien à la flûte. Cette variété non seulement dans les mélodies, mais dans les sons aussi rendent ce groupe, et cet album en particulier, aussi inlassablement agréable. Le premier morceau est en effet très représentatif de l'ensemble de l'oeuvre globale de Soft Machine, qui a réussi à fortement limiter les mauvaises - ou plutôt moins excellentes - productions.


Certains passages sont probablement composés d'improvisation, mais la parfaite coordination des musiciens qui jouent dans le même esprit musical ne rendent pas la chose gênante. Au contraire, le fait que ce soit réussi donne à l'album une originalité très appréciable. Nos petites oreilles ne sont pas écorchées, n'est-ce pas le principal ? Il faut aussi reconnaître que le groupe semble très détendu, fait perceptible musicalement mais aussi sur l'image que vous pourrez admirer si vous achetez le disque... Ils semblent être en pleine pause thé - ou pinard pour certains... - et sont affalés sur des matelas en délaissant leurs instruments. On remarquera que seul le claviériste se trouve devant son outil de travail - qui en fera saliver plus d'un -, c'est peut être la raison pour laquelle cette bande de joyeux hippies ont décidé de le couper sur la photographie... Un membre du groupe retiendra particulièrement notre attention : Robert Wyatt. Cet homme charmant est à la fois batteur et... chanteur. Vous y arrivez, vous, à chanter en tapant des rythmes ? Lui si. Sans compter que son talent en composition lui vaudra tous les honneurs dans sa carrière solo, qu'il continuera malgré un accident fortuit qui lui a privé de l'usage de ses deux jambes. Ce qui ne va pas lui empêcher de faire de la batterie ! Un battant, donc, qui apporte tout son soutient aux Soft Machine, dont l'année de gloire est 1970, date de la sortie de ce superbe disque. Le seul regret que l'on puisse avoir est qu'il ne contienne que quatre morceaux - de quinze minutes chacun, certes, mais quatre morceaux tout de même...


Le disque retient malgré tout une certaine simplicité, qui le rend si facile d'écoute. Si l'on excepte quelques rares passages expérimentaux, les mélodies sont agréables à entendre, parfois exceptionnelles - on retiendra en particulier le thème de Facelift au saxophone - et toujours bien construites. L'accompagnement est réalisé d'une main de maître, entre les claviers et la basse (électrique, cependant, car Soft Machine est composé d'une bande de traîtres qui ont renié les vertus incontestables des basses acoustiques très onéreuses mais plus complètes d'un point de vue sonore que leurs conjointes électriques), la batterie, dont nous avons déjà fait l'éloge du batteur, et enfin le chant de la voix douce et agréable de Robert Wyatt, qui fera pleurer les plus sensibles tout en nous rappelant au doux souvenir de Rock Bottom... Une perle rare, donc, une merveille qui mérite tous les éloges.


Note : *****


Liste des morceaux :


1. Facelift

2. Slightly All The Time

3. Moon In June

4. Out-Bloody-Rageous