mercredi 13 janvier 2010

STEVE REICH : MUSIC FOR 18 MUSICIANS


Des expériences ont été menées dans tous les genres musicaux par de nombreux compositeurs. Steve Reich, pilier de la musique contemporaine, en fait partie. Sa spécialité ? Le déphasage. Une mélodie fixe s'étend, se divise, se compresse, devient plus dense. Cette technique a alimenté les compositions de Steve Reich. Il y en a pour tous les goûts : pianos, percussions, cordes frottées, instruments à vent, et même électriques (ce qui a valu à bon nombre de ses oeuvres leur classement minimaliste dans "musique électronique"...)... Le tout est d'apprécier la méthode. Steve Reich a notamment composé des "pièces", dont des ensembles d'orchestre, dans lesquelles l'on pourra retrouver l'une de ses plus connues, "Music for 18 musicians".

Bon, comme le laisse supposer le titre du morceau, dix huit musiciens jouent effectivement dans cette pièce. Il est aisé d'observer une prédominance des violons et autres instruments à cordes frottées, en alternance avec une multitude d'engins au son semblable à celui d'un xylophone. Chaque partie joue une mélodie sans le moindre arrêt. Le son enfle, ainsi qu'une bulle sur le point d'exploser, mais n'en vient pas à cette extrémité, pour revenir lentement, après un court instant de tension, à son point initial. De temps à autres, le lourd mais non moins vif archet d'un contrebassiste vient ajouter une profondeur supplémentaire à ce renflement. On peut aussi remarquer l'importance du piano, presque toujours présent mais souvent imperceptible (mais non moins indispensable), qui maintient l'unité entre les deux ensembles d'instruments. Enfin, des percussions rythment perpétuellement la pièce et jouent un rôle similaire à celui du piano, mais dont la simplicité évite une présence trop envahissante.

Mais le morceau dure soixante sept minutes. Pendant que les musiciens de Krautrock partent se rhabiller, observons comment la mélodie évolue (bah, ils n'allaient quand même pas jouer la même chose pendant plus d'une heure, hein ?). Comme dit précédemment, un thème original est mis en place dès le début. Il est répété inlassablement, mais pourtant, la fin n'a rien à voir avec le début... (non, aucun rapport avec le rock choucroute.). En vérité, chaque groupement de notes forme une sphère incomplète de mélodie. Elle est très progressivement, imperceptiblement, complétée une note après l'autre. Comme le ferait un ressort, la composition rebondit à partir de la finalité de cette sphère sonore, et le tour est joué : une nouvelle mélodie, semblable mais différente à la première est mise en place dans les rouages de la partition. Mais elle est cependant incomplète. On est alors revenus au point initial, et cette nouvelle série de sons va s'épanouir pour donner suite à une nouvelle, et ainsi de suite. Ces vagues donnent la forme de la pièce, dans une douceur lancinante de répétition, mais en demeurant incroyablement fascinantes...

Mais un autre élément encore donne sa profondeur à ce long morceau. Oui, j'y ai vaguement fait allusion au début : le déphasage. Petit à petit, les mélodies, en plus de s'allonger, se décalent. Surtout ne pas s'attendre à décalage brutal. C'est, je le répète encore, quasi indécelable (sauf pour les vieux habitués comme moi, bien sûr... héhé...) mais taille finement le morceau pour le rendre toujours plus impressionnant. Une piste se ralentit lentement tandis qu'une autre s'accélère étire la mélodie qui ne cesse de se développer, de tous points de vue. Dès lors, il n'est plus difficile de comprendre le génie de Steve Reich, qui a eu le mérite d'observer le fond au moins autant que la forme, sans réellement se concentrer sur une mélodie précise, mais plutôt sur un enchaînement sonore époustouflant alimenté par l'originalité incontestable du déphasage.

A présent, quelques petits conseils d'écoute que vous êtes évidemment libres de respecter ou non. L'idéal serait un silence total. Votrez vous habilement sur votre lit ou canapé avant de lancer le disque (ou le mp3/vinyle etc, mais on va pas chipoter) pour être certain de l'écouter avec attention. Rues bruyantes ou bouches de métro à proscrire. C'est pour ce genre de situations qu'existe Deep Purple ou Black Sabbath, non ? Enfin, essayez de l'écouter jusqu'au bout sans interruption, faute de quoi vous risquez de ressentir un vide effrayant autour de vous. Un bunker serait donc parfaitement approprié. Vous pourrez alors profiter de la pièce au mieux, et en déceler toutes les subtilités et les secrets. Et à le repasser à la fin pour tenir le coup jusqu'à l'achat du prochain disque... Bonne chance !

Note : *****

Liste des morceaux :

1. Pulses (5.26)

2. Section I (3.58)

3. Section II (5.13)

4. Section IIIA (3.55)

5. Section IIIB (3.46)

6. Section IV (6.37)

7. Section V (6.49)

8. Section VI (4.54)

9. Section VII (4.19)

10. Section VIII (3.35)

11. Section IX (5.24)

12. Section X (1.51)

13. Section XI (5.44)

14. Pulses (6.11)

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